L’érection chez la femme

Les femmes aussi connaissent-elles une érection ?

Découvrir son propre corps, comprendre ses expressions, s’informer sur les processus physiologiques en matière sexuelle chez l’homme et chez la femme, constituent un moyen de vivre une sexualité plus satisfaisante, plus épanouie et plus respectueuse de l’autre. Cet article est rédigé dans le but d’informer sur le phénomène de l’érection, notamment chez la femme.

Comprendre l’érection en général

On associe souvent, et à tort, le phénomène d’érection uniquement à l’homme car la plupart des définitions présentées par diverses sources font allusion à l’organe copulateur mâle, le pénis. Selon le CNRTL[1], ce phénomène physiologique est perçu comme l’« action par laquelle certains tissus ou organes augmentent de volume, se dressent et deviennent durs par l’afflux de sang dans leurs vaisseaux ».

A l’instar du pénis chez l’homme, il convient de préciser que la femme dispose, elle aussi, de plusieurs organes et tissus érectiles. Il s’agit en l’occurrence des seins, de la vulve et du clitoris. L’érection n’est donc pas que l’apanage de la masculinité.

Alors comment se déroule une érection chez la femme?

Chez la femme, le clitoris est considéré comme l’équivalent anatomique du pénis chez l’homme. Tout comme le pénis, le clitoris est donc lui aussi doté d’une capacité érectile. Un examen histologique du clitoris révèle quasiment la même composition tissulaire que le pénis : le gland, les corps caverneux et spongieux et de nombreuses terminaisons nerveuses qu’on peut stimuler.

Le mécanisme de l’érection est alors tout à fait le même chez l’homme que chez la femme. Tout commence, dans la plupart des cas, par le désir sexuel qui entraîne l’excitation. Il est vrai que chez les femmes, le désir ne se manifeste pas toujours avant le rapport sexuel. L’excitation résulte alors plutôt d’une décision consciente ou de sollicitations sexuelles du partenaire (Basson, 2001).

Notons que l’excitation génitale féminine est moins évidente extérieurement que celle de l’homme qui se manifeste par une érection visible. Puisque le processus d’excitation chez la femme est plus interne, variable, lent et subtil. On dit souvent que le premier organe sexuel c’est le cerveau. Cette assertion est plus vérifiée chez la femme. Une fois l’excitation sexuelle perçue, le cerveau agit sur le système cardiovasculaire. Le rythme cardiaque augmente. La pression artérielle devient plus forte et le clitoris (tout comme d’autres organes sexuels féminins) se gorge de sang. Conséquence : le gland et le corps du clitoris se dressent : c’est l’érection. Le clitoris devient alors extrêmement sensible étant pourvu de près de 8000 terminaisons nerveuses contre 6000 pour le gland.

Par ailleurs, les grandes et petites lèvres sont également très vascularisées lors de l’excitation et des rapports sexuels. Les premières gonflent et s’écartent. Les secondes prennent du volume et deviennent comme un entonnoir pour guider le pénis vers le vagin. Les seins réagissent aussi à l’excitation sexuelle. Ils prennent du volume (surtout les plus gros). Les mamelons, très riches en terminaisons nerveuses, entrent également en érection et les aréoles s’élargissent.

Les femmes ont-elles une érection matinale?

Ce qu’on appelle une érection matinale est en réalité une érection nocturne. En effet plusieurs érections se succèdent chez l’homme pendant le sommeil (trois à cinq fois par nuit durant entre 15 et 40 mn). Cela arrive involontairement et évidemment en l’absence de stimuli. L’explication la plus connue est qu’il s’opère une modification au niveau du système nerveux pendant le sommeil paradoxal : le système nerveux parasympathique prend le dessus sur le système nerveux sympathique. On assiste alors au blocage de la production de noradrénaline, une hormone qui inhibe l’érection du pénis et la production de la testostérone, un excitant naturel. Les muscles se relaxent, ce qui permet l’afflux sanguin dans le pénis et l’érection. Rien à voir donc avec des rêves érotiques (même s’ils peuvent évidemment y contribuer).

La femme connaît, elle aussi, un épisode similaire pendant son sommeil, qui se traduit par l’augmentation du volume des lèvres et du clitoris, ainsi que par l’humidification vaginale. A l’instar de l’homme, on peut donc parler d’une érection matinale chez la femme. Cependant, compte tenu du fait que ce phénomène est moins visible chez la femme, on en parle peu et on a tendance à ignorer son existence.

L’érection matinale est-elle un signe de fécondité chez la femme ?

Si l’érection est une réponse physiologique et automatique du corps, on pourrait penser que l’érection matinale est synonyme d’un bon état de santé physiologique. Mais on ne peut cependant pas affirmer qu’elle est un indice de fécondité. C’est, certes, le signe que la fonction sexuelle se porte bien. Mais on peut être sexuellement en bonne santé et même épanoui et avoir des problèmes de fécondité.

Il est tout de même important de savoir que tout le processus de la réponse sexuelle, aussi bien chez l’homme que chez la femme, du désir jusqu’à l’orgasme en passant par l’excitation, joue un rôle bénéfique dans la reproduction.

Lorsque nous parlons d’érection en considérant plutôt le processus érotisé, il a été démontré par exemple que la stimulation du clitoris active certaines zones du cerveau qui, ensuite, provoquent une série de modifications de l’appareil reproducteur féminin. Ces modifications, selon un chercheur britannique, comprennent « une augmentation du débit sanguin vaginal, une augmentation de la lubrification vaginale, une augmentation de l’oxygène et de la température vaginale et, plus important encore, un changement de la position du col de l’utérus, qui constitue l’entrée de l’utérus. Ce changement éloigne le col de l’utérus de la semence masculine, et empêche le sperme de pénétrer trop rapidement dans l’utérus, permettant ainsi au sperme de devenir mobile et activé pour féconder l’ovule ».

En conclusion, on peut retenir que la femme aussi connaît bel et bien l’érection par un processus physiologique pareil à celui de l’homme.

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Par Jean-Baptiste LINSOUSSI,
Sexologue clinicien, chercheur en santé publique.


Références

Basson, R. (2001). Using a different model for female sexual response to address women’s problematic low Sexual desire. Journal of Sex & marital therapy, 27(5), 395-403.

Roy, J. (2020). The Clitoris – An Appraisal of its reproductive function during the fertile years : Why was it, and still is, overlooked in accounts of female sexual arousal. Clinical anatomy, 136-145.

[1] Centre National des ressources Textuelles et Lexicales (organe créé en 2005 par le CNRS de la France qui fédère au sein d’un portail unique, un ensemble de ressources linguistiques informatisées et d’outils de traitement de la langue.)

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